“What could you do in 14 seconds ?”

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Une fois n’est pas coutume, prenons un peu de hauteur, à 400km au dessus de notre tête pour parler horlogerie.

En orbite dans l’ISS depuis bientôt 6 mois, Thomas Pesquet perpétue discrètement la tradition qui unit l’horlogerie et la conquête spatiale depuis les années 60.

L’histoire de l’horlogerie spatiale débute en avril 1961, avec le premier vol habité réalisé par le soviétique Youri Gagarine. A peine débutée, cette histoire s’avère déjà complexe, car il n’est toujours pas établi avec certitude quelle fut la montre portée par Gagarine lors de cette mission. Trois marques soviétiques revendiquent la paternité de la première montre de l’espace : Poljot (avec son modèle Sturmanskie), Pobeda, et Rodina. Bien que les images d’archive donnent un avantage à la Sturmanskie, il n’existe aucune certitude à ce sujet. Mort accidentellement en 1968, Gagarine n’a jamais levé ce mystère.

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La Poljot Sturmanskie, modèle Gagarin

La première montre a avoir effectué une sortie dans l’espace est en revanche bien identifiée : il s’agit d’une Poljot Strela, portée au poignet du cosmonaute soviétique Alexey Leonov lors de sa sortie extra-véhiculaire en mars 1965.

Du côté spatial américain, ce sont les manufactures suisses qui se livrent une bataille d’image acharnée. Des prestigieuses marques horlogères américaines existent pourtant, comme par exemple la marque New-Yorkaise Bulova, mais les premiers astronautes semblent privilégier la précision Suisse.

La marque Tag Heueur revendique d’être la première marque suisse à être allée dans l’espace, ce qui est vrai. En revanche il y a une petite subtilité : le modèle porté par John Glenn sur la mission Friendship 7 en février 1962 s’apparentait plutôt à un chronomètre comme ceux utilisés dans les courses sportives, monté sur un bracelet. Pas vraiment une montre en fait.

Jusqu’à 1965, les astronautes, pour ceux qui en portaient, choisissaient eux-mêmes leurs montres, sans avis de la NASA. De célèbres modèles ont donc goûté à l’apesanteur, comme par exemple la Breitling Navitimer, ou certaines Rolex GMT et autres Bulova. La légende raconte d’ailleurs que le modèle Navitimer porté en 1962 par Scott Carpenter sur la mission Mercury 7 s’est montré très performant dans l’espace… mais qu’il a été détruit par l’eau de mer lors de l’amerrissage de la capsule lors du retour sur terre… Rédhibitoire.

En 1962, la NASA a décidé de tester plusieurs modèles de chronographes afin d’équiper très officiellement ses astronautes sur ses missions Gemini et Apollo. Pendant plusieurs mois, les principaux modèles de l’époque vont s’affronter dans des tests drastiques mis au point par la NASA. Le but est de déterminer quelle montre sera capable de résister aux conditions les plus extrêmes rencontrées lors d’une mission lunaire.

Les modèles testées par la NASA furent :

  • Une Rolex Cosmograph
  • Une Wittnauer
  • Une Breitling Navitimer Cosmonaute
  • Une Omega Speedmaster

(Il semblerait que la NASA n’ai sélectionné au final que ces 4 modèles après avoir éliminé quelques marques comme Elgin, Hamilton, Bulova, Mido ou Gruen).

La Breitling a été rapidement éliminée du concours. Les trois autres modèles furent soumis à des tests extrêmes, et le résultat fut sans appel : seule la Speedmaster fonctionnait encore correctement à la fin de la séance de torture.

Obtenant ainsi en 1965 la célèbre qualification « Flight-Qualified by NASA for All Manned Space Missions ». Le modèle utilisé pour les tests aurait été acheté pour seulement 83 dollars dans une boutique du Texas, ce qui fait doucement rêver lorsque l’on voit le tarif actuel de ce modèle.

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Omega Speedmaster Professional « Moonwatch »

La marque américaine Bulova, qui ne fut pas retenue par la NASA, opéra un gros lobbying aux USA afin de tenter de faire changer d’avis l’administration américaine sur son choix de montre, sans succès. Néanmoins, cette marque est quand même étroitement associée à la conquête spatiale puisque des chronomètres intégrés aux vaisseaux américains ont été fournis par Bulova, et certains astronautes en portaient comme montre personnelle (car la montre officielle reste la propriété du Gouvernement Américain), y compris sur la lune (Dave Scott portait une Bulova Quartz Precisionist Moon Watch en 1971)

La « Speed » quant à elle effectua son premier vol officiel en 1965 sur la mission Gemini 3 (elle avait déjà volé sur une mission Mercury en 1962, au poignet de l’astronaute Schirra).

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Plusieurs modèles de Speedmaster dont celui porté en 1962 par Schirra

La légende de cette montre mécanique s’est réellement écrite le 21 juillet 1969, en devenant la première montre sur la Lune, au poignet de Buzz Aldrin, ce qui lui valut le célèbre surnom de « Moonwatch ».

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Omega Speedmaster au poignet de Buzz Aldrin sur Apollo 11 (@NASA)

Se deuxième heure de gloire eut lieu le 17 avril 1970 dans des conditions plus dramatiques. L’équipage de la mission Apollo 13 fit face à une série de dysfonctionnement entraînant l’avortement de la mission et son retour sur terre dans des conditions extrêmement dégradées. La Speedmaster a joué un rôle non négligeable dans le sauvetage de l’équipage, permettant entre autre de chronométrer avec précision les 14 secondes de mise en marche du moteur lors de la manœuvre la plus critique d’entrée dans l’atmosphère.

Les chronomètres de bord étant hors d’usage, c’est la « Moonwatch » qui a été utilisée pour la mesure.

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Deux « Speed » qui ne vont pas tarder à leur sauver la vie. Apollo 13, le film. (@Universal Pictures)

Cet acte de bravoure horlogère fut salué par la NASA qui remit à l’Omega Speedmaster un Silver Snoopy Award, plus haute distinction honorifique de la NASA.

En 2015, Omega a sorti un modèle de Speedmaster en hommage aux 45 ans de la mission Apollo 13, nommé Speedmaster Silver Snoopy Award, sur lequel est gravé la phrase :

« What could you do in 14 seconds ? »

Pour la petite histoire, la distinction Silver Snoopy, petite médaille en argent représentant Snoopy en astronaute, a été donnée à environ 15 000 personnes depuis sa création en 1968. Chacune de ces petites médailles a voyagé dans l’espace, puisque les missions Apollo puis par la suite les vols navettes emportaient chacun à leur bord quelques centaines d’exemplaires.

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Silver Snoopy Award (@NASA)

Concernant nos spationautes français, l’histoire horlogère débute bien plus tard, puisque le premier français dans l’espace a été Jean-loup Chrétien, en 1982.

Le 24 juin il s’est envolé de Baïkonour avec à son poignet la première montre française dans l’espace, la Yema Spationaute 1.

Cette montre à quartz fut développée en collaboration avec le CNES, et ses différentes variantes furent utilisées par les français jusqu’au milieu des années 90.

Par la suite, nos spationautes ont opté pour des modèles Casio G-Shock puis Omega Speedmaster X-33 à partir de 1998.

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La Casio G-Shock, peu chère mais fiable.

C’est d’ailleurs une Omega Speedmaster X-33 qui équipe actuellement Thomas Pesquet sur sa mission Proxima, montre à quartz développée par Omega en collaboration avec la NASA.

Mais notre spationaute français a également ajouté une ligne à la longue liste des anecdotes liées aux montres de l’espace. En effet, dans ses (minuscules) bagages personnels, Thomas Pesquet a emporté un modèle Omega Speedmaster Professional de 1976 appartenant à son frère, histoire de faire prendre le « vide » à ce légendaire modèle. Un beau clin d’œil à l’histoire de ce chronographe, et surtout la concrétisation d’un rêve pour tout détenteur de « Moonwatch ».

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Baptiste Pesquet fait rêver les mostrophilistes sur le site Chronomania.

C’est son frère Baptiste qui a lui même donné l’information le 28 février dernier sur un célèbre forum d’horlogerie en postant une photo de son chrono en train de flotter dans l’air, la terre en arrière plan. Quand la passion n’a plus de limites !

(Par contre l’histoire ne dit pas si Thomas Pesquet a emporté avec lui un médaillon Snoopy.)

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Si vous voulez aussi avoir votre part de rêve autour du poignet, voici quelques prix de modèles de montres ayant marqué l’histoire de la conquête spatiale :

Omega Speedmaster Professional « Moonwatch » : 4300€
Breitling Navitimer Cosmonaute 413 : 4600€
Bulova Moon Watch : 600€
Omega Speedmaster Skywalker X-33 : 4500€
Poljot Sturmanskie Gagarin Retro : 350€
Poljot Strela : 350€
Casio G-Shock NASA : 100€
Timex Ironman NASA Mission : 70€

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