Une facture qui pique

Il y a 20 ans jour pour jour, le 22 mars 1998, s’est jouée sur l’aéroport de Marseille une histoire aéronautico-pagnolesque dont les conséquences auraient pu être dramatiques. Ou comment un réveil et un hérisson ont coûté plus de 3 millions d’euros à l’Etat.

Ce matin du 22 mars 1998, l’agent de la DGAC chargé de réaliser la mission de lutte contre le péril animalier (en gros faire peur aux oiseaux et aux animaux pour les éloigner de l’abord des pistes afin de limiter le risque de collision avec les avions) est sensé débuter sa journée à 6h30 par une inspection de la piste 32R de l’aéroport de Marseille. Il s’agit là de la première inspection de la journée sur cette piste, inspection qui doit permettre de détecter tout objet ou groupe d’animaux pouvant représenter un danger pour les avions qui ne vont pas tarder à débuter leurs décollages.

(NDLR : en 1998 c’était la DGAC qui avait en charge les missions telles que les visites de piste ou la lutte contre le péril animalier. Aujourd’hui ces missions sont faites par le gestionnaire ou par des sous-traitants)

Sauf que pour cause de « panne de réveil », l’agent en question n’est arrivé sur le terrain qu’à 6h40, et il n’a pas réalisé l’inspection de piste prévue. Au lieu de ça, il a débuté sa ronde avec son véhicule effaroucheur, sans avoir inspecté la piste ou ses abords.

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Parcours de l’agent depuis son entrée sur le terrain. (@IGN)

Vers 7h00, un Airbus A320 de la compagnie Air France débute son roulage vers le début de la piste 32R. A 7h06, une fois aligné, il s’élance à plus de 150 noeuds. Au bout de 1780 mètres de piste, 4 secondes avant d’atteindre sa vitesse de décision (V1, vitesse à partir de laquelle le décollage doit être poursuivi quoi qu’il arrive), l’appareil heurte un groupe d’oiseaux. Le pilote interrompt immédiatement son décollage et stoppe l’avion.

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Oui c’est CDG, mais c’est juste pour illustrer.

Le moteur gauche a absorbé plusieurs Goélands Leucophées (belle bête dont le poids peut dépasser le kilo).

L’enquête va démontrer que le groupe d’oiseaux, qui volait à moins d’un mètre du sol, se trouvait à cet endroit précis car attiré par le cadavre frais… d’un hérisson, qui gisait dans l’accotement gauche de la piste 32R.

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Nul ne sait si ce hérisson aurait été découvert lors de la visite de piste. Les goélands auraient peut être été effrayés par le véhicule d’inspection. Quoi qu’il en soit, la Justice a tranché la question puisqu’en 2005 le Tribunal Administratif a condamné l’Etat à verser plus de 3,2 millions d’euros à Air France ainsi qu’à son assureur qui avait pris en charge les lourdes réparations sur le moteur et sur le train d’atterrissage. La condamnation a ensuite été confirmée en appel en 2008.

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Reconstitution (@IGN)

Le gestionnaire de l’aéroport, qui avait en charge l’entretien des espaces verts aux abords de la piste, n’a pas été reconnu responsable de ne pas avoir détecté le cadavre du hérisson. Ce dernier étant présent dans l’accotement de piste depuis moins de 30 minutes, il était impossible de le détecter si rapidement.

L’équipage d’Air France quant à lui a été entièrement déchargé de toute responsabilité, le Tribunal jugeant qu’il lui était impossible de repérer le groupe d’oiseaux pendant le décollage.

Ou comment un hérisson sur un aéroport a failli devenir plus célèbre qu’une sardine dans le vieux port.

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